"Voir du pays", un film sur les sas de décompression

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"Voir du pays", un film sur les sas de décompression
06 Septembre, 2016

Après les combats, une fois leur mission achevée, les soldats rentrent au pays... mais pas directement. Avant, il y a une phase de « décompression » délicate, que montre ce film coup de poing.

Il y a des images fortes par le simple contraste qu'elles imposent. L'affiche de « Voir du pays », deuxième long-métrage après « 17 Filles », en 2011, des soeurs Delphine et Muriel Coulin, en témoigne. On y voit deux jeunes femmes en treillis longer avec leur barda la coursive du patio ensoleillé de ce qui ressemble à un hôtel de luxe. C'en est un.

Nous sommes à Chypre, au retour d'Afghanistan d'une unité de soldats parmi lesquels trois éléments féminins. Mais si la scène est surprenante, elle reflète la réalité. Avant de retrouver leurs proches, les troupes françaises engagées dans ce conflit sont toutes passées, pour une durée de trois jours, par ce « sas de décompression ».

Dans son roman « l'Insouciance », qui vient de paraître, Karine Tuil en fait également état, mais sans creuser le sujet. Les soeurs Coulin s'y sont attelées et « Voir du pays », prix du scénario à Cannes dans la catégorie Un certain Regard, met au jour, sans jamais rien appuyer, les dégâts psychologiques provoqués par ces mois de guerre.

Car rien n'est détente dans cette parenthèse. Chacun des soldats, équipé d'un casque de réalité virtuelle, se retrouve confronté aux souvenirs qui le hantent. Il en rend compte devant les autres lors d'étranges séances de psychanalyse de groupe. Cet exorcisme fait plus ou moins bien son travail et, disons-le, le fait plutôt mal que bien. Plutôt qu'atténuer les traumatismes, il révèle des vérités qui auraient sans doute mérité de rester enfouies.

Ariane Labed et Soko sont au centre de ce drame édifiant qui tourne momentanément au thriller. Elles auront, pendant ces trois jours, à livrer d'autres combats. Par sa façon pudique d'analyser le désastre, « Voir du pays » est un film remarquable, un « blast » -- cette déflagration intérieure -- aux multiples retombées. On en reparlera aux Césars.

Drame français de Delphine et Muriel Coulin, avec Soko, Ariane Labed, Ginger Roman…
Durée: 1 H 42.

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