"Halcyon": une série en VR

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"Halcyon": une série en VR
22 Septembre, 2016
SyFy lance ce jeudi 22 septembre une nouvelle série, dont l'intrigue se déroule en partie en "réalité virtuelle". Nous l'avons testé, et en avons discuté avec ses concepteurs – sans enlever notre casque…

Nous sommes assis en cercle dans le sous-sol d'un immeuble chic du 8e arrondissement parisien, un casque de "réalité virtuelle" planté sur la tête, à gesticuler dans le vide. La scène, vue de l'extérieur, doit être hilarante. Dans le monde virtuel, je ressemble à un pion noir à liserés bleus, un lointain descendant maigrelet des héros du jeu Bomberman (je suis au centre, en bas, sur la capture d'écran ci-dessous). Je glisse, gauchement, à travers une vaste pièce aux graphismes cubiques, où se frôlent un aréopage de journalistes tout aussi numérisés que moi, des blancs, de rouges, des verts, tous le nez penché vers leurs pieds. Il faut en effet regarder vers le bas pour trouver la commande qui permet de prendre la parole dans la conférence de presse à laquelle je m'apprête à participer. SyFy France présente Halcyon, un format court d'un nouveau genre, thriller futuriste où le téléspectateur internaute est invité à prendre part à l'enquête. Entre chaque épisode, il doit enfiler son casque de réalité virtuelle, et visiter des scènes de crimes, relever des indices qui feront avancer le récit. Une première, une expérimentation pour un format qui est peut-être amené à se développer.

Quelques instants plus tôt, déjà gigotant sur mon fauteuil, je me suis essayé à jou… pardon à regarder Halcyon. La première saison de la série contiendra "dix épisodes traditionnels de cinq minutes et cinq épisodes en réalité virtuelle de deux minutes", annonce le dossier de presse de la chaîne. Côté série en chair et en os, l'intrigue d'Halcyon est simple : en 2040, le patron controversé d'une puissante multinationale créatrice de d'implants de réalité virtuelle – qui a poussé la technologie aujourd'hui limitée à un casque jusqu'à pouvoir recréer les goûts et les odeurs – est retrouvé assassiné dans sa luxueuse villa. La détective Jules Dover (Lisa Marcos) mène l'enquête, aidée par sa partenaire virtuelle, Asha (Harveen Sandhu). A la manière des Experts, elles multiplient les bidouillages et les analyses technologiques, pour déterminer comment la victime a été tuée – et on se doute qu'il y a un twist quelque part. Difficile de se faire une idée sur la qualité de ce pan "traditionnel" après l'unique épisode de cinq minutes visionné. Au mieux, c'est correctement fait, au pire assez quelconque, façon polar grand public. N'exigeons pas une construction des personnages renversante en si peu de temps et si peu d'épisodes. Là n'est pas censé être l'intérêt.

Halcyon veut avant tout valoir le détour pour ses cinq épisodes de réalité virtuelle. Le casque toujours sur la tête, le nez un peu endolori (ça pèse, à la longue), je rentre dans une version modélisée de la scène de crime, plantée au milieu d'une sorte de voie lactée numérique. Pour avancer, je dois cliquer sur les cases qui s'illuminent sur le sol devant moi. L'impression d'être dans la pièce est bien là, mais le décors est tellement minimaliste que le plaisir est limité. D'autant que, sans doute peu doué pour la chose virtuelle, je me cogne dans tous les meubles, et je peine à comprendre où il me faut aller. Cinq minutes plus tard, je n'ai toujours pas collecté le moindre indice – alors que, je vous la rappelle, l'épisode doit durer deux minutes… Le temps de la prise en main, sans doute. Je finis par me débrouiller, soulever un verre, prendre une ou deux empreintes, et commencer à trouver des suspects sur la base de données ADN. De quoi enchaîner sur l'épisode "traditionnel" numéro 2, quand il sera diffusé.

Retour à la salle de conférence virtuelle, et à mon avatar en forme de pion journaliste. "Le polar est un genre classique, compréhensible par tous, qui semblait évident pour lancer une nouvelle forme de narration, y explique le réalisateur Benjamin Arfmann, qui a le droit, lui, a un avatar plus évolué, à forme humaine. Il faut que les téléspectateurs comprennent de suite l'univers dans lequel se déroule notre histoire, pour qu'ils s'adaptent au niveau de lecture supplémentaire qu'offre la réalité virtuelle". Pour couper court aux inspirations critiques du journalistes, qui peut objecter que les épisodes de réalité virtuelle manquent un peu d'ampleur (et de style), le "creative director" Stefan Grambart replace modestement Halcyon comme "une première tentative, dont il faudra regarder ce qu'elle peut être, et retenir des leçons. Si nous apprenons des choses pour la prochaine série, ce sera déjà un succès". Ce que Benjamin Arfmann résume, métaphoriquement, par un "SyFy a dit, allons voir ce qu'il y a en haut de cette colline. Et nous y sommes allé".

La dernière fois que la chaîne s'est essayé à ce genre d'expérience, en mêlant série et jeu vidéo dans Defiance, le résultat a été pour le moins mitigé. Ce qu'on a pu voir d'Halcyon n'est pas renversant, mais c'est une curiosité qui pourrait, quand les séries mêlées de réalité virtuelle seront plus répandues, faire de la chaîne un précurseur. Elle prouve quoi qu'il en soit son envie de prendre des risques, puisqu'il n'y a pas encore de modèle pour ce genre de récit en réalité virtuelle "linéaire" – ce qui veut dire que l'on ne peut pas changer le cours du récit, juste suivre une narration prédéfinie. Un "work in progress" pour curieux de nouvelles technologies plus que pour sériephiles exigeants, donc, et qui a son coût. Pour suivre Halcyon, il vous faudra non seulement acheter l'application de la série (9,99€) mais aussi évidemment posséder un casque de réalité virtuelle (Oculus Rift ou Samsung Gear). Il est néanmoins possible, si le casque ne vous sied pas, de juste suivre les épisodes "traditionnels", sur SyFy et gratuitement sur SyFy.fr. Pour plus de détails et d'explications, rendez-vous sur la page de la série : http://halcyon.syfy.fr.

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