«No Man’s Sky», le "vide" du voyageur intergalactique

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«No Man’s Sky», le "vide" du voyageur intergalactique
04 Septembre, 2016
Très, voire trop attendu, le jeu à l’étendue presque infinie de planètes à explorer propose finalement une expérience plus intime qu’épique. Il reste en tout cas le représentant le plus visible de la nouvelle vague d’œuvres créées par de petits studios.

On se retrouve parfois devant No Man’s Sky comme devant la vie : se demandant, accablé par la solitude, qui l’on est, d’où l’on vient, ce que l’on fait là, et à quoi bon tout ça après tout. Mais la différence majeure entre ce jeu et la vie, c’est que dans No Man’s Sky, on peut monter dans son vaisseau, traverser les nuages, se retrouver dans l’espace en moins de deux, et aller voir sur une autre planète si l’existence y est plus agréable. Il y a en effet l’embarras du choix : le jeu compte 18 446 744 073 709 551 616 planètes potentielles. Ce qui fait tout de même, en admettant que toute l’humanité se mette à y jouer, plus de 2,5 milliards de planètes par personne. Ou bien, si une planète était découverte chaque seconde, 585 milliards d’années pour toutes les découvrir. Autant dire que jamais un jeu vidéo n’avait proposé une telle surface à explorer.

D’où la première question que l’on se pose, avant même d’avoir posé les mains sur le jeu, et en sachant que le studio britannique qui l’a développé, Hello Games, était constitué d’une quinzaine de personnes au maximum : mais qui donc a créé tous ces mondes ? Le démiurge, en l’occurrence, c’est la «génération procédurale» : les développeurs ont conçu un certain nombre d’éléments (textures, tiges, troncs, feuillages, bulbes, têtes, corps, pattes d’animaux, etc.) qui, liés entre eux par des algorithmes, font que chaque planète est différente des autres, avec sa propre végétation et sa propre faune. Le danger, c’est que l’univers pourrait très vite perdre toute cohérence. Et pourtant, si le jeu frappe souvent par ses visions surréalistes (on peut y croiser de petits dinosaures dont la tête ressemble à une pastèque, par exemple), quelque chose fait que notre crédulité ne se suspend jamais vraiment.

Des pas dans la neige
Car c’est le plaisir de découvrir qui guide le joueur, plus que ce qui est découvert. No Man’s Sky est un pur jeu d’exploration ; c’est aussi une ode à l’errance et à la solitude, qui ramène le joueur à une forme de vide existentiel - et lui demande de s’en contenter. La solitude d’abord : la seule interaction possible avec d’autres joueurs, c’est de laisser une trace de son passage en nommant à sa guise les planètes, les plantes et les animaux que l’on découvre - autant d’informations partagées sur des serveurs. On tombe parfois, légèrement attristé, sur une planète déjà découverte par un certain kravnet88. On a beau savoir alors que, vu la taille du lieu, il est improbable qu’on passe aux mêmes endroits que lui, c’est un peu comme arriver devant une étendue neigeuse à la perfection abîmée par quelques empreintes de pas. L’errance, elle, se joue à des échelles ridiculement différentes. La plus petite d’abord : sur une belle planète à la végétation chatoyante, des herbes aux tons rose et jaune qui varient au gré du vent, où de mignons rongeurs se promènent gaiement, on pourra déambuler des dizaines d’heures, à aller de base en base pour commercer avec des extraterrestres peu bavards et améliorer son vaisseau, son inventaire et ses armes, etc. C’est qu’il faudra se défendre face aux sentinelles qui veulent empêcher qu’on exploite les ressources, elles-mêmes nécessaires pour gagner de l’argent et améliorer son vaisseau, son inventaire et ses armes, etc. Oui, c’est parfois laborieux ; on finira donc par quitter les lieux. Et voilà l’errance à grande échelle : une fois un système et ses quatre ou cinq planètes explorés, il faut continuer sa route. Mais où ? Chaque système voisin, chaque planète de ce système abrite toutes les promesses et autant de déceptions potentielles. A quoi bon alors choisir celui-ci plutôt qu’un autre ? Et à quoi bon finalement continuer à jouer, puisque tout cela pourrait durer indéfiniment ?

Attentes démesurées
Pour combler le vertige procuré par cette abyssale liberté, le jeu propose une quête : atteindre le centre de la galaxie, censé receler un secret dont on ne sait rien, puisqu’on a préféré traînasser au lieu de progresser dans l’intrigue. Certains joueurs trouvent le résultat très décevant, mais No Man’s Sky pouvait difficilement ne pas les décevoir. Dévoilé sur PS4 fin 2013, propulsé jeu star par Sony qui en a fait un étendard de sa console, il est immédiatement devenu une sensation de la scène indépendante, porteur d’attentes démesurées. A l’époque, le fondateur de Hello Games, Sean Murray, promettait déjà un jeu infini. Y pulluleraient des animaux, des plus petits aux plus gigantesques. Puis les développeurs annonçaient que la gravité varierait d’une planète à l’autre, que l’on pourrait se poser sur des astéroïdes. Ils promettaient des combats spatiaux dantesques. Pendant ce temps, certains joueurs se faisaient des films, prêtant au jeu des intentions qu’il n’avait pas. Autant de choses qui, au terme de presque trois années d’attente et de reports, se retournent contre No Man’s Sky. Croyant que les créateurs du jeu leur sont redevables de quelque chose, de nombreux joueurs se déchaînent aujourd’hui contre eux, demandent remboursement. Certains ont lancé des menaces de mort. Ils croyaient que ce serait grandiose et époustouflant de bout en bout ; finalement c’est parfois triste, répétitif, frustrant et décevant.

Un peu comme la vie.

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